La critique de l’information en cinq approches

Les citoyens et citoyennes doivent faire preuve d’esprit critique face à l’information ! Depuis quelques années, hommes et femmes politiques, responsables éducatifs, journalistes… tous appellent de leur vœu à promouvoir cette démarche d’éducation aux médias. Il s’agirait désormais d’un enjeu public majeur pour garantir le bon fonctionnement d’une société où l’information a pris une place centrale. Mais de quelle démarche parle-t-on ? Cette étude propose d’identifier cinq angles d’analyse pour mettre en perspective l’information médiatique et son rôle social.

Les médias d’information vivraient une véritable crise. Elle serait la conséquence de l’apparition d’un Internet qui redistribue les cartes de l’autorité journalistique. Cette crise culmine aujourd’hui avec le sentiment que les fake news contaminent l’ensemble de l’espace public. Face à ce trouble social et informationnel, l’esprit critique constituerait la mesure de salubrité nécessaire. Cependant, les initiatives en faveur de cette démarche prennent des formes diverses et semblent fonctionner en ordre dispersé. Critiquer l’information, certes, mais comment ? Par quel bout prendre une information médiatisée ? S’agit-il simplement d’établir la part de vérité et le niveau de falsification ?

Depuis l’apparition des mass médias au début du 20e siècle, la relation entre les contenus qu’ils proposent et le public qui les reçoit interpelle le monde de l’éducation. Qu’elles soient adressées aux élèves ou aux citoyens, les démarches éducatives s’appuient sur des angles d’analyse qui ont parfois du mal à dialoguer entre eux. Est-ce la mise en scène d’un reportage qui pose problème ? L’impression de transparence des images ou du langage illusionne-t-elle les audiences ? Les intentions idéologiques gouvernent-elles l’ensemble de l’industrie médiatique aux fins d’influencer les opinions publiques ? Le travail journalistique est-il réductible à une méthode d’enquête objectivable et empirique ?

Ces questions relativement classiques des analyses médiatiques, bien que déjà complexes, se trouvent désormais bousculées par les nouvelles technologies de l’information. Dorénavant, nous sommes chacun et chacune en mesure de produire, d’échanger et de transformer les contenus médiatiques jadis réservés aux professionnels. Là où la critique médiatique ancienne se focalisait sur les contenus et leur producteur, il apparaît désormais nécessaire de prendre en compte le récepteur. Sommes-nous tous égaux devant un journal télévisé ou un tweet ? L’exercice de l’esprit critique n’est-il pas dépendant des dispositions individuelles, des croyances, voire du fonctionnement de notre cerveau ?

Celui ou celle qui était, il n’y a pas si longtemps encore, le récepteur final du contenu médiatique devient le relais souverain de sa circulation. L’information semble désormais face à un défi vital : faire réagir ou mourir. Plus encore, les réseaux sociaux numériques ne sont pas uniquement des lieux de diffusion de l’information professionnelle. Ils sont eux-mêmes devenus constitutifs d’une sorte de magma médiatique où tout circule, cohabite et fusionne, sans hiérarchie ou distinction de qualité et de genre. La seule valeur de l’information ne serait-elle pas à trouver dans la manière dont elle irrigue et structure les groupes et les identités sociales ?

Derrière la crise de l’information journalistique, il y a sans doute un sentiment plus sourd : celui d’un bouleversement profond de la manière dont la société, globalisée et connectée, pense et se pense. Ces interrogations relèvent encore largement de la terra incognita et feront évoluer le rôle de l’éducation aux médias. L’enjeu s’impose cependant dès aujourd’hui. La société civile et les éducateurs n’ont pas attendu l’émergence de ces inquiétudes pour imaginer de multiples pistes et ouvrir des perspectives pour inviter chacun et chacune à s’approprier l’information.

L’étude La critique de l’information en cinq approches a pour ambition de proposer un panorama aussi large que possible des manières d’aborder la question de l’esprit critique face aux médias d’information. Cette démarche consiste à identifier cinq manières de les appréhender. Elles peuvent aboutir, isolément ou en combinaison, à structurer un processus éducatif dont la fonction serait à la fois de prendre distance face à l’environnement médiatique, mais aussi de s’y impliquer pour en responsabiliser chaque acteur : les entreprises, les journalistes ou le citoyen et la citoyenne que nous sommes.

  • L’approche empirique : distinguer le vrai du faux. Le média rapporte-t-il bien le réel ? L’information est-elle authentique ? Cet angle trouve aujourd’hui son expression la plus nette dans le fact-checking. Comme le journaliste, le lecteur est invité à recouper les faits, vérifier la source et questionner l’authenticité des images. Face à la surabondance d’info, la méthode peut mener à distinguer les médias dignes de confiance de ceux moins certifiés ou ouvertement parodiques.
  • L’approche du discours : observer la forme. Comment le journaliste transforme-t-il l’information en récit ? Quelles techniques de storytelling a-t-il exploité pour nous la rendre accessible ? Les mots ou les images choisis pour nous accrocher induisent-ils des stéréotypes ou des exagérations ? Cette perspective met finalement en question la source du sens d’un message : n’est-elle pas plutôt à trouver dans sa forme que dans son fond ?
  • L’approche de la propagande : débusquer les influences. Quels sont les intérêts économiques, les idées politiques défendues par un média ? Fake news et infos sont dans un même bateau, elles ne sont pas neutres et poursuivent un but : diffuser une opinion, convaincre d’une idée, reproduire ou contester le cadre idéologique d’une domination politique, économique ou sociale.
  • L’approche de la réception : responsabiliser le public. Pourquoi est-on séduit par une info ? Qu’est ce qui justifie qu’on la rejette spontanément, voire qu’elle nous indiffère ? Quel impact nos convictions ancrées ont-elles sur notre perception ? Notre cerveau fonctionne avec une série de filtres : les « biais cognitifs ». Comment les identifier ? Peut-on y résister pour ne pas voir le monde sous le prisme étroit de nos croyances ?
  • L’approche sociale : faire société. Comment l’information circule-t-elle sur les réseaux sociaux et pourquoi ? Qu’en dit l’internaute qui la fait circuler ? Est-elle likée, modifiée, contestée ? Le sens est à géométrie variable et correspond d’abord aux besoins et aux dynamiques des groupes. De l’espace public aux audiences de niche, l’information est un vecteur d’identité et de mobilisation qui contribue à faire et défaire les multiples composants de la société.

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Cette publication a été produite avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, du programme #mediaeduc, partenariat de la Fondation Roi Baudouin, Thalys et du Fonds du 11 janvier, du projet Belgian Better Internet 3 (B-Bico) co-financé par l’Union Européenne et le programme Connecting Europe Facility - Telecom.

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