La critique de l’information en cinq approches

Les citoyens doivent faire preuve d’esprit critique face à l’information ! Depuis quelques années, hommes et femmes politiques, responsables éducatifs, journalistes… tous appellent de leur vœu à promouvoir cette démarche d’éducation aux médias. Il s’agirait désormais d’un enjeu public majeur pour garantir le bon fonctionnement d’une société où l’information a pris une place centrale. Mais de quelle démarche parle-t-on ? Cette étude propose d’identifier cinq angles d’analyse pour mettre en perspective l’information médiatique et son rôle social.

L’étude La critique de l’information en cinq approches a pour ambition de proposer un panorama aussi large que possible des manières d’aborder la question de l’esprit critique face aux médias d’information. Cette démarche consiste à identifier cinq manières d’appréhender cet univers qui peuvent aboutir, isolément ou en combinaison, à structurer un processus éducatif pour à la fois prendre distance face à l’environnement médiatique et s’y impliquer pour en responsabiliser les acteurs : les entreprises, les journalistes ou le citoyen et la citoyenne que nous sommes.

Pour chacune de ces propositions, il s’agira d’établir les fondements conceptuels et d’évoquer les courants théoriques qui abordent, peu ou prou, l’information médiatique de manière similaire. Chaque approche peut inspirer des démarches éducatives concrètes et spécifiques. Néanmoins, l’analyse qui a conduit à leur identification permet aussi de désigner autant de cadres normatifs qui ont cours à la fois dans les commentaires critiques adressés aux médias que dans les démarches éducatives qui les suscitent. Autrement dit, chaque approche propose de définir ce qui constituerait alors, sous cet angle, un média « idéal » mais également l’attitude critique citoyenne à laquelle elle inviterait.

Si ces cinq approches ne structurent pas comme telles l’abondante critique médiatique (qu’elle soit populaire ou se prétende experte), elles sont toutefois identifiables dans les démarches de régulation de l’environnement médiatique animées par le droit, l’État, l’industrie médiatique elle-même ou la société civile lorsqu’elle critique les médias pour peser sur leurs pratiques. Mais si elles structurent un regard critique de l’information, elles comportent aussi des angles morts que leur combinaison pourrait permettre de réduire. Enfin, le découpage arbitraire que propose cette étude n’entend pas exclure d’autres analyses ou mode de questionnement qui permettent des démarches alternatives toutes aussi fécondes. Face à l’enjeu de l’information dans une société démocratique, semble-t-il toujours plus aigu, l’ambition du présent travail est essentiellement de contribuer à une organisation méthodique des multiples réponses éducatives qui lui sont adressées.

  • L’approche empirique : distinguer le vrai du faux. Le média rapporte-t-il bien le réel ? L’information est-elle authentique ? Cet angle trouve aujourd’hui son expression la plus nette dans le « fact-checking ». Comme le journaliste, le lecteur est invité à recouper les faits, vérifier la source et questionner l’authenticité des images. Face à la surabondance d’infos, la méthode peut mener à distinguer les médias dignes de confiance de ceux moins certifiés ou ouvertement parodiques.
  • L’approche du discours : observer la forme. « Le choix des mots, le choc des images » Comment un journaliste construit-il le contenu proprement dit ? Quels sont les arguments, les différentes parties d’un article ou d’un reportage, comment le titre accroche-t-il ? Quelles images ont été choisies ? Y a-t-il des stéréotypes, des exagérations ? Cette perspective questionne finalement sur la source du sens du message : n’est-elle pas plutôt à trouver dans ses signes, sa forme, que dans son fond ?
  • L’approche de la propagande : débusquer les influences. Quels sont les intérêts économiques, les idées politiques d’un média ? Fake news et infos sont dans un même bateau, elles ne sont pas neutres et poursuivent un but : diffuser une opinion, convaincre d’une idée, reproduire le cadre idéologique d’une domination politique, économique ou sociale ou le contester.
  • L’approche de la réception : responsabiliser le public. Pourquoi est-on séduit par une info, qu’est ce qui justifie qu’on la rejette spontanément, voire qu’elle nous indiffère ? Quel rôle joue ce que nous pensons déjà ? Notre cerveau fonctionne avec une série de filtres : les « biais cognitifs ». Comment les identifier, peut-on y résister pour ne pas voir le monde sous le prisme étroit de nos croyances ?
  • L’approche sociale : faire société. Comment l’information circule-t-elle dans les réseaux sociaux et pourquoi ? Qu’en dit l’internaute qui la fait circuler ? Est-elle likée, modifiée, contestée ? Le sens est à géométrie variable et correspond d’abord aux besoins et aux dynamiques des groupes. De l’espace public aux audiences de niche, l’information est un vecteur identitaire et de mobilisation qui contribue à faire et défaire les multiples composants de la société.

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Cette étude est réalisée par l’asbl Media Animation avec le soutien du projet européen d’un Consortium belge pour un Meilleur Internet (B-BICO) co-financé par la Commission européenne.

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