Le charme discret de l’étranger

L’exotisme au cinéma

À quoi sert l’étranger au cinéma ? Côté pile : l’Autre est un personnage qui a souvent les faveurs du cinéma pour ce qu’il aurait de louche et d’inquiétant. Côté face, l’étranger peut aussi être attirant et séduisant : il est exotique. Depuis sa naissance, le cinéma a su exploiter ce goût pour pimenter les films et garantir le spectacle. En retraçant son histoire, nous pouvons tenter de cerner l’évolution du rapport à l’Autre et observer comment le cinéma s’y adapte.

Depuis son invention, le cinéma cherche à séduire le public en exacerbant ses contenus : paysages époustouflants, explosions spectaculaires, émotions exacerbées, suspens insoutenables,… Parmi les ressources à sa disposition, les populations étrangères ont rapidement constitué un réservoir efficace : mobilisant des personnages curieux, des populations bigarrées et des coutumes étonnantes. Dans ces films, l’Autre n’est pas nuisible. Ses accoutrements, ses gestes, ses coutumes fascinent. N’est-ce pas sous l’apparence d’un cheik arabe que Rudolph Valentino séduisait le mieux ? Grâce à l’exotisme, l’étranger, à la fois le lieu et celui qui le peuple, acquiert des qualités. Que serait James Bond sans les hôtes (souvent hôtesses) amicaux et chamarrés au milieu desquels il déambule ? Indiana Jones pourrait-il justifier son fouet sans les indigènes sauvages mais fascinants qu’il sait dompter ? Combien de fictions n’auraient pas vu le jour sans le ressort de l’ailleurs, sans les qualités esthétiques de la différence ? Slumdog millionaire fonctionnerait-il s’il avait été réalisé dans la Grande Bretagne de son réalisateur Danny Boyle ?

L’exotisme est plaisant, c’est un rapport qui valorise l’Autre pour ses différences. D’une certaine manière, il est un vecteur d’interculturalité. Toutefois, le cinéma le montre bien, l’étrangeté de l’étranger ne semble intéressante qu’à partir du moment où elle est sensationnelle. Il faut donc surprendre, tout en restant « réaliste ». A travers l’histoire du cinéma, l’image exotique a fortement évolué. Directement issues des imaginaires féconds des publics bercés par l’aventure coloniale, les images ont été tout au long du siècle confrontées à celles provenant des témoignages réels, imposées par les reportages. Au fil des décennies, l’exotisme s’est ancré dans l’immense imagier qui constitue l’environnement médiatique dans lequel tous les spectateurs sont baignés, au risque de perdre en puissance, de se banaliser pour finalement disparaître.

L’exotisme renvoie au spectateur : puisqu’on projette la différence, celle-ci doit forcément contraster avec soi. Qu’est-ce qui est étrange dans l’Autre ? L’exotisme donne-t-il à voir uniquement un reflet inversé ? Néglige-t-il des différences insoupçonnées ? Est-il une carte postale stéréotypée ou un portrait instructif ? L’exotisme est-il une épice nécessaire pour s’intéresser au reste du monde ? A défaut d’aboutir à des certitudes, ces questions interrogent tant le cinéma, ancien ou nouveau, que le public qui le consomme. L’analyse du cinéma permet de réfléchir à une question qu’il nous pose : au fond, à quoi sert l’étranger ?

On peut définir l’exotisme comme le goût pour ce qui est étranger. Depuis le début de son histoire, le cinéma a su exploiter ce goût pour pimenter les films et garantir le spectacle. Cette étude examine ce rapport à travers l’évolution du cinéma populaire et veut encourager une perspective critique sur le cinéma, pris non comme une œuvre d’art, mais comme une somme de documents qui s’enrichit sans cesse et dont la comparaison rend compte des représentations sociales et de leurs évolutions.

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