Qu’est-ce qu’un documentaire ? On pourrait dire rapidement qu’il s’agit d’un film sans acteur, dont la matière est constituée d’images « réelles ». Pourtant, dès qu’il s’agit de cerner les limites précises de cette catégorie médiatique, les choses se compliquent. Quelles seraient les distinctions nettes entre un documentaire, un reportage, une oeuvre de fiction et une émission de téléréalité ?

La catégorie rassemble des films subversifs, réalisés par des personnalités farouchement indépendantes comme Paul Meyer, Peter Watkins, Raymond Depardon ou Jean-Luc Godard. Le format semble idéal pour dénoncer les injustices (No Other Land, Basel Adra, Hamdan Ballal, Yuval Abraham et Rachel Szor, 2023), soutenir les luttes (Demain, Cyril Dion et Mélanie Laurent, 2015) et éclairer des scandales invisibilisés (Un pays qui se tient sage, David Dufresne, 2020). Il connait aussi ses grands succès publics, comme Bowling for Columbine (Michael Moore, 2002) ou La Marche de l’empereur (Luc Jacquet, 2005), et des réalisateurs renommés comme Wim Wenders ou Werner Herzog en ont fait leur mode d’expression privilégié.
Ces oeuvres artistiques, souvent engagées, constituent les têtes de gondole de cette catégorie « documentaire ». Mais celle-ci est aussi alimentée par une production pléthorique de films de divers formats longtemps produits pour étoffer l’offre télévisuelle, puis celle des plateformes en ligne. C’est d’ailleurs via Netflix que, ces dernières années, le documentaire a connu un regain spectaculaire d’intérêt public, avec des titres rivalisant désormais en termes d’audiences avec les séries de fiction. Our Planet ou Drive to survive côtoyaient Stranger Things ou La Casa de Papel dans le top 10 de la plateforme l’année de leur sortie.
Mais s’il connait des succès en salles de cinéma ou sur les plateformes, le label documentaire n’est pas pour autant garant d’une rigueur informative. L’environnement audiovisuel, des chaînes de télévision ou des plateformes en ligne (payantes ou non), regorge de films complotistes ou de propagande qui en épousent les atours. Dans un contexte de lutte contre la désinformation, la prétention documentaire nécessite une approche critique.
Dans une perspective d’éducation aux médias, cet ouvrage propose de considérer le documentaire comme étant un excellent format susceptible de mobiliser une analyse critique spécifique. Il doit cet intérêt à sa prétention centrale : exposer la « réalité » et offrir un « point de vue » à son égard. C’est à partir de cette prétention que nous proposons d’éprouver un film pour questionner son usage possible, la documentation qu’il mobilise, la perspective qu’il offre sur la réalité, ses qualités pédagogiques, les procédés de mise en scène qu’il exploite sans négliger pour autant ce qu’il aura de créatif.

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